Institutionnaliser l’évaluation et renforcer l’usage des données probantes pour l’avis scientifique

L’utilisation des données probantes pour guider les choix gouvernementaux est devenue un impératif de gouvernance moderne, comme l’illustre l’expérience du Bénin présentée lors de ce webinaire du 1er avril 2026. Monsieur Abdoulaye Gounou, Directeur Général de l’évaluation et d’observatoire du changement social au ministère du développement et de la coordination de l’action gouvernementale, y a détaillé comment le Bénin a transformé l’évaluation d’une simple activité ponctuelle en une véritable fonction d’État pérenne.

Cette transition vise à assurer que chaque décision publique repose sur des preuves tangibles afin d’optimiser l’impact des ressources nationales sur la population.

Le Déclic de 2007 et la Rationalisation des Ressources

Le processus d’institutionnalisation a trouvé son origine dans un constat frappant en 2007, lorsqu’un programme public censé durer quatre ans figurait toujours au portefeuille de l’Etat quatorze ans après son lancement sans avoir été réellement mis en œuvre.

Ce dysfonctionnement a poussé le gouvernement à réaliser que l’évaluation ne pouvait plus être une pratique isolée, mais devait devenir un mécanisme permanent pour traquer l’efficacité de la dépense publique. La rareté des ressources financières et humaines impose désormais une rationalisation stricte qui place l’évaluation au cœur de la gouvernance globale.

Une Trajectoire Méthodique vers un Système Robuste

L’évolution du système béninois s’est faite par étapes successives, commençant par l’érection de l’évaluation au rang de fonction administrative en 2008. Le pays s’est ensuite doté d’une Politique Nationale de l’Évaluation en 2012, puis d’un guide méthodologique national en 2017 pour harmoniser les pratiques de recherche et de collecte de données.

L’aboutissement majeur de cette marche a été le vote d’une loi en 2024, venant graver dans le marbre le cadre institutionnel et les mécanismes de financement de la fonction évaluative. Ce cadre repose aujourd’hui sur un Conseil National de l’Evaluation qui supervise la coordination des acteurs pour garantir la production d’informations de haute qualité.

Diversité des Données et Veto sur la Planification

Le modèle béninois mobilise quatre types de sources pour nourrir les cycles de décision, à savoir les statistiques administratives, la recherche scientifique universitaire, les données issues des citoyens et les évaluations d’impact. Pour transformer cette production en action concrète, le gouvernement a instauré un mécanisme de veto où aucun nouveau projet ou politique n’est validé si l’initiateur ne prouve pas que l’initiative précédente a été évaluée et que ses enseignements ont été intégrés.

Un pilier fondamental de cette réussite réside dans le développement des capacités internes et la « décolonisation » de la pratique évaluative. Alors qu’en 2007 la quasi-totalité des évaluations était portée par une expertise extérieure, aujourd’hui 90% à 95% des experts mobilisés sont des nationaux.

Le Bénin privilégie désormais des choix de recherche dictés par les besoins du pays plutôt que par les exigences des bailleurs de fonds, tout en maintenant un équilibre avec les standards universels de rigueur scientifique. Cette appropriation locale fait du Bénin un véritable laboratoire africain pour une gouvernance plus efficace, légitime et transparente.

Pour saisir toute la portée des ressources présentées, nous vous invitons à visionner l’intégralité du webinaire en suivant ce lien.

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Portrait rapproché d’Antoine Rauzy.

Antoine Rauzy

Antoine Rauzy a une expérience de plus de 20 ans en pédagogie numérique et en relations internationales. Il partage son temps entre Sorbonne Université et l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), à Paris. Il a commencé sa carrière comme enseignant-chercheur, mathématicien à l’institut de mathématiques de Jussieu. Il est responsable d’action à l’ANR, agence française de financement de la recherche, et expert international en enseignement numérique. Il est membre du réseau européen HERE (Higher Education Reform Experts) et a siégé au conseil d’administration de plusieurs associations internationales sur ce sujet. 

Par ailleurs, Antoine a été en poste à l’ambassade de France au Canada sur les dossiers universitaires et scientifiques et a conseillé deux présidences d’université sur les questions internationales. Il a été associé à plusieurs négociations internationales sur des sujets universitaires et scientifiques à forts enjeux diplomatiques.