CLICS — L’impératif de diffuser les connaissances : une solution… ou un problème ?

Le 20 mars 2026 s’est tenu le treizième rendez-vous du Club de lecture international sur le conseil scientifique (CLICS) du Réseau francophone international en conseil scientifique (RFICS). Cette séance était consacrée à la discussion d’un texte classique de Knott et Wildavsky (1980) « Si la diffusion est la solution, quel est le problème ? », récemment traduit en français par le RFICS et qui sera publié prochainement dans la collection Les incontournables de la revue TUC.

Ce texte fondateur propose une critique originale et toujours actuelle de l’idée selon laquelle la diffusion des connaissances constituerait une solution évidente aux problèmes de l’action publique. Les échanges ont permis de revisiter cette thèse à la lumière des enjeux contemporains, notamment liés à l’intelligence artificielle, aux réseaux sociaux et à la complexification des relations entre savoir et pouvoir.

La diffusion : un concept central… mais ambigu

Les discussions ont d’abord porté sur la polysémie du concept de diffusion, au cœur du texte. Plusieurs participantes et participants ont souligné que le terme est utilisé dans des sens multiples – diffusion d’innovation, circulation de connaissances, transfert entre organisations ou encore communication entre chercheurs et décideurs – sans toujours être clairement défini.

Cette ambiguïté conceptuelle a été identifiée comme une limite du texte.

Comme l’ont relevé certains intervenants, elle reflète à la fois la complexité du phénomène étudié et la difficulté de stabiliser un vocabulaire commun dans le champ du transfert de connaissances.

Le rôle clé — et encore flou — des intermédiaires

Les échanges ont également mis en lumière le rôle central du « diffuseur » dans le modèle proposé par Knott et Wildavsky. Cet acteur, chargé de sélectionner et de transmettre les connaissances, apparaît comme un maillon critique du processus.

Plusieurs participants ont toutefois souligné que ce rôle demeure sous-théorisé dans le texte. La discussion a ainsi dérivé vers la notion contemporaine de courtier de connaissances, qui met davantage l’accent sur la bidirectionnalité des échanges entre producteurs et utilisateurs de savoirs. Cette évolution conceptuelle a été jugée essentielle pour mieux refléter la réalité actuelle du conseil scientifique.

Pouvoir, intérêts et facteurs économiques

Un autre point saillant des discussions concerne les relations de pouvoir et les facteurs économiques dans la circulation des connaissances. Plusieurs interventions ont souligné que ces dimensions sont relativement peu développées dans le texte, alors même qu’elles jouent un rôle déterminant dans les processus réels de décision.

Les participants ont notamment insisté sur :

  •  l’influence des incitations économiques et des financements ;
  • le rôle des lobbies et des intérêts organisés ;
  • l’usage parfois instrumental des connaissances par les décideurs.

Ces éléments rappellent que le transfert de connaissances ne peut être compris indépendamment des rapports de pouvoir qui structurent les relations entre science et politique.

Surcharge informationnelle et défis contemporains

Le texte de 1980 a également été discuté à la lumière des transformations récentes de l’écosystème informationnel. Plusieurs participants ont souligné le caractère précurseur de l’analyse de Knott et Wildavsky, qui anticipaient déjà les risques de surcharge d’information.

Dans le contexte actuel marqué par :

  • la multiplication des sources d’information,
  • le développement des réseaux sociaux,
  • et l’essor de l’intelligence artificielle,

La question n’est plus seulement de diffuser davantage, mais de sélectionner, interpréter et contextualiser les connaissances de manière pertinente. Les discussions ont mis en évidence à la fois les risques d’« infobésité » et les opportunités offertes par les outils de synthèse automatisée.

Actualité des recommandations et pratiques contemporaines

Enfin, les participantes et participants ont évalué la pertinence actuelle des quatre recommandations principales formulées par les auteurs :

  • soutenir les formes d’échanges passifs ;
  • atteindre les décideurs moins bien dotés ;
  • se concentrer sur les questions émergentes ;
  • investir dans la production de connaissances avant leur diffusion.

Ces recommandations ont été jugées remarquablement actuelles, bien que nécessitant des adaptations. Des exemples contemporains, tels que les programmes de scientifiques en résidence, ont été évoqués comme des illustrations concrètes de ces principes.

Conclusion – Rejoindre le RFICS pour poursuivre la réflexion

Ce treizième rendez-vous du CLICS a permis de revisiter un texte classique du transfert de connaissances à la lumière des enjeux contemporains du conseil scientifique. Les discussions ont mis en évidence la nécessité de dépasser une vision simpliste de la diffusion pour mieux prendre en compte la complexité des processus d’utilisation des connaissances en contexte décisionnel.

👉 Pour participer aux prochaines rencontres du CLICS, ouvertes aux membres du RFICS, nous vous invitons chaleureusement à devenir membre du Réseau.

Le prochain rendez-vous aura lieu à la date suivante :

  • Vendredi 17 avril

Au plaisir de vous y retrouver !

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Portrait rapproché d’Antoine Rauzy.

Antoine Rauzy

Antoine Rauzy a une expérience de plus de 20 ans en pédagogie numérique et en relations internationales. Il partage son temps entre Sorbonne Université et l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), à Paris. Il a commencé sa carrière comme enseignant-chercheur, mathématicien à l’institut de mathématiques de Jussieu. Il est responsable d’action à l’ANR, agence française de financement de la recherche, et expert international en enseignement numérique. Il est membre du réseau européen HERE (Higher Education Reform Experts) et a siégé au conseil d’administration de plusieurs associations internationales sur ce sujet. 

Par ailleurs, Antoine a été en poste à l’ambassade de France au Canada sur les dossiers universitaires et scientifiques et a conseillé deux présidences d’université sur les questions internationales. Il a été associé à plusieurs négociations internationales sur des sujets universitaires et scientifiques à forts enjeux diplomatiques.