CLICS — Entre science et jugement humain : repenser la décision politique en contexte de crise

Le 17 avril 2026, le Club de Lecture International en Conseil Scientifique (CLICS) s’est réuni pour la 14e fois. Cette rencontre mensuelle a réuni les membres du RFICS inscrits à l’événement et a permis l’exploration du texte d’Éric Montpetit et Antoine Lemor, « Science, jugement humain et décisions de politiques publiques en temps de COVID-19 », qui examine la place du jugement humain dans les décisions politiques en contexte de manque de données probantes.

Décider dans un contexte de crise

Ce chapitre de livre a été écrit durant l’été 2022. Il naît d’une réflexion critique sur les propos de François Legault, alors premier ministre au Québec, qui affirmait, tôt dans la crise, qu’il ne faisait que suivre la science au sujet de sa politique de gestion de crise.

Les preuves et la vérité sont importantes, car elles permettent d’agir adéquatement dans le réel. En même temps, toute décision politique se prend sur des choix de valeurs, qui font nécessairement appel au jugement humain, d’autant plus en temps de crise où le consensus scientifique est insuffisant, mais que l’urgence pousse à prendre des décisions rapidement.

La COVID-19 offre l’occasion de réfléchir à la place du jugement humain dans la prise de décisions politiques et à l’influence qu’il exerce sur la crédibilité de la science ou du conseil scientifique.

Le jugement humain, problématique en soi ?

Cette question amène à explorer les liens entre jugement humain et données probantes :

  • Toute donnée probante a une dimension subjective à mettre en lien avec le jugement humain (pour déterminer l’importance d’un enjeu, la véracité d’un énoncé parmi d’autres, etc.)
  • Aucune utilisation de la connaissance ne repose uniquement sur les données probantes

Dans l’écrasante majorité, on observe un usage symbolique ou stratégique de la science. Seulement, la rhétorique selon laquelle on ne ferait que suivre la science va plus loin, car elle mobilise l’imaginaire d’une science comme un univers homogène et dissocié du politique. De plus, cette assertion tue le débat, au moment même où les incertitudes devraient entraîner le débat politique. C’est cette posture qui est véritablement problématique.

L’absence de débat dans la communauté des scientifiques et de ceux qui la mobilisent s’inscrit dans une volonté de maintenir sa crédibilité ainsi que l’adhésion aux messages de la science. Selon cette pensée, le débat public sur l’incertitude des conclusions de la science risquerait de nuire, à long terme, à la confiance envers le travail des scientifiques.

Le CLICS : un espace d’échanges et de réflexion

En réunissant chercheurs, praticiens et étudiants, le CLICS offre un espace unique pour réfléchir à l’articulation entre recherche et expertise, tout en renforçant les capacités d’analyse scientifique dans l’espace francophone. Chaque rencontre contribue à mieux comprendre comment préserver la crédibilité scientifique tout en répondant aux besoins des partenaires et des décideurs.

Les rencontres du CLICS sont réservées aux membres du RFICS. Pour participer aux prochaines séances et enrichir la réflexion collective, nous vous invitons à devenir membre du RFICS. La prochaine rencontre du CLICS aura lieu à l’automne 2026, suivant le rythme habituel d’une session par mois. Rejoignez-nous pour faire partie de cette communauté qui rapproche science, expertise et décision publique.

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Portrait rapproché d’Antoine Rauzy.

Antoine Rauzy

Antoine Rauzy a une expérience de plus de 20 ans en pédagogie numérique et en relations internationales. Il partage son temps entre Sorbonne Université et l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), à Paris. Il a commencé sa carrière comme enseignant-chercheur, mathématicien à l’institut de mathématiques de Jussieu. Il est responsable d’action à l’ANR, agence française de financement de la recherche, et expert international en enseignement numérique. Il est membre du réseau européen HERE (Higher Education Reform Experts) et a siégé au conseil d’administration de plusieurs associations internationales sur ce sujet. 

Par ailleurs, Antoine a été en poste à l’ambassade de France au Canada sur les dossiers universitaires et scientifiques et a conseillé deux présidences d’université sur les questions internationales. Il a été associé à plusieurs négociations internationales sur des sujets universitaires et scientifiques à forts enjeux diplomatiques.