CLICS – Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs

Le 16 janvier 2026 s’est tenu le onzième rendez-vous du Club de lecture international sur le conseil scientifique (CLICS) du Réseau francophone international en conseil scientifique (RFICS). Cette rencontre marquait la reprise des activités du CLICS pour l’année 2026 et était consacrée à la discussion du texte «Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs et chercheuses», publié par le Comité d’éthique du Comité national de la recherche scientifique (CNRS) de France.

Réunissant des participantes et participants issus de différents contextes nationaux et disciplinaires, cette séance a permis d’explorer en profondeur les tensions éthiques, institutionnelles et pratiques liées à l’engagement public des chercheurs et chercheuses, en particulier lorsque celui-ci se situe à l’interface entre science, expertise et décision publique.

Neutralité scientifique et engagement: une incompatibilité de principe ?

La discussion s’est ouverte sur un point central du texte : l’idée selon laquelle il n’existe pas d’incompatibilité de principe entre l’engagement public des chercheurs et les exigences de la recherche scientifique.

Plusieurs participantes et participants ont souligné que la notion de neutralité demeure souvent mal comprise, étant fréquemment assimilée à une absence totale de valeurs. Un intervenant a indiqué qu’il faut également considérer les contextes de censure sociale et politique auxquels les chercheurs peuvent être exposés.

À cet égard, les échanges ont mis en lumière une distinction importante entre neutralité, objectivité et rigueur scientifique. Comme l’a rappelé un intervenant, l’enjeu n’est pas tant de prétendre à une absence de valeurs que de les expliciter, de respecter les normes de production des connaissances et de maintenir une posture intellectuelle fondée sur la vérifiabilité, la transparence et le débat entre pairs.

Science, militantisme et espace public

Une large part de la discussion a porté sur la frontière mouvante entre engagement et militantisme. Un participant a discuté de la difficulté de tracer une ligne nette entre engagement public et objectivité scientifique, soulignant l’importance pour les chercheurs de représenter l’idéal de l’expert avec des vertus comme l’humilité et l’introduction de nuances.

D’autres ont au contraire insisté sur le fait que, dans des contextes de crise – sanitaire, environnementale ou sociale -, le silence scientifique peut aussi être interprété comme une prise de position.

Les échanges ont également mis en évidence les risques d’instrumentalisation des prises de parole scientifiques dans l’espace public.

Plusieurs stratégies ont été évoquées pour en limiter les effets : choix du cadre de diffusion, prudence dans la formulation des propos, distinction claire entre expertise et opinion, ou encore anonymisation des contextes et des acteurs étudiés dans certaines publications.

Responsabilité individuelle et rôle des institutions

Les discussions ont ensuite porté sur le rôle des institutions de recherche face à l’engagement public de leurs membres. Le texte du Comité d’éthique du CNRS insiste sur le caractère fondamentalement individuel de l’engagement, tout en rappelant que celui-ci engage la responsabilité du chercheur non seulement à titre personnel, mais aussi en raison du crédit symbolique attaché à son statut.

Plusieurs participants ont toutefois interrogé la portée concrète de ces recommandations, soulignant que les comités d’éthique disposent souvent de peu de leviers d’action et que les injonctions à la responsabilité reposent largement sur la conscience individuelle. Cette tension a nourri un débat sur la nécessité éventuelle de dispositifs institutionnels plus structurants, notamment en matière de protection des chercheurs exposés à des controverses publiques.

Conseil scientifique, expertise et décision politique

Enfin, les échanges ont permis de relier ces enjeux à ceux du conseil scientifique proprement dit. Plusieurs interventions ont rappelé l’importance de maintenir une distinction fonctionnelle entre le rôle des chercheurs, celui des experts et celui des décideurs politiques, tout en reconnaissant que, dans certaines configurations institutionnelles, des organismes scientifiques exercent un pouvoir décisionnel réel, notamment dans des domaines où la science réglementaire détermine l’accès au marché.

Cette réalité invite à repenser les cadres éthiques traditionnels et à mieux outiller les chercheurs appelés à intervenir dans l’espace public, sans pour autant les transformer en décideurs ou en acteurs politiques à part entière.

Conclusion – Rejoindre le RFICS pour poursuivre la réflexion

Ce onzième rendez-vous du CLICS a offert un espace riche et nuancé pour discuter des dilemmes contemporains liés à l’engagement public des chercheurs et à leurs responsabilités dans la cité.

👉 Pour participer aux prochaines rencontres du CLICS, ouvertes aux membres du RFICS, nous vous invitons chaleureusement à devenir membre du Réseau.

Les prochains rendez-vous auront lieu aux dates suivantes :

  • Vendredi 20 février
  • Vendredi 20 mars
  • Vendredi 17 avril

Les rencontres se dérouleront le troisième vendredi de chaque mois.

Au plaisir de vous y retrouver !

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Portrait rapproché d’Antoine Rauzy.

Antoine Rauzy

Antoine Rauzy a une expérience de plus de 20 ans en pédagogie numérique et en relations internationales. Il partage son temps entre Sorbonne Université et l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), à Paris. Il a commencé sa carrière comme enseignant-chercheur, mathématicien à l’institut de mathématiques de Jussieu. Il est responsable d’action à l’ANR, agence française de financement de la recherche, et expert international en enseignement numérique. Il est membre du réseau européen HERE (Higher Education Reform Experts) et a siégé au conseil d’administration de plusieurs associations internationales sur ce sujet. 

Par ailleurs, Antoine a été en poste à l’ambassade de France au Canada sur les dossiers universitaires et scientifiques et a conseillé deux présidences d’université sur les questions internationales. Il a été associé à plusieurs négociations internationales sur des sujets universitaires et scientifiques à forts enjeux diplomatiques.